2011 aura-t-elle été une mauvaise année pour Google ?

article du 13 février 2012 à 17:52 par admin

Google est et restera pour longtemps encore le leader de la recherche sur internet, c’est une certitude. Cependant, il est assez clair que les temps ne sont pas au beau fixe pour l’entreprise. Entre critiques de plus en plus générales sur le respect de la vie privée, problèmes de concurrences déloyales sur certains de leurs services, augmentation des espaces publicitaires au détriment des résultats naturels ou encore la reprise massive sur internet des informations concernant un concurrent potentiellement dangereux pour le géant de la recherche : les signaux négatifs se multiplient, et cela non plus ne fait aucun doute.

Un Google de moins en moins user friendly ?

C’est un fait qui agace les référenceurs depuis la nouvelles mise en page des pages de résultat de Google le début de l’année 2011 : les publicités et autres services connexes à la recherche occupent de plus en plus d’espace sur les pages de résultats. Il n’est en effet pas rare de tomber sur des pages de résultats où le premier résultat naturel demande un petit scroll pour apparaître, même sur un écran HD en 27 pouces. En dehors du fait que cela rend parfois compliqué de travailler la visibilité d’un site sur les pages de résultats, cela est franchement contraire aux principes qui ont participé au succès monopolesque de Google : la clarté des informations et la garantie de l’objectivité des résultats grâce à une hiérarchisation exempte de toute intervention directement humaine. Si Google est devenu le N°1 de la recherche, c’est parce qu’il était simple à utiliser et considéré comme neutre. Or, on assiste à une mise en avant toujours plus grande des sites de ceux qui payent ou souscrivent aux services Google, au détriment de la qualité des autres sites. Du point de vue utilisateur, il est évident qu’un abaissement de la qualité du service va de pair avec la mise en place de ces modifications.

Des inquiétudes sur le respect de la vie privée

L’uniformisation des règles de confidentialités de tous les services que possède Google fait beaucoup parler d’elle en ce moment même, à tel point que les organismes en charge de veiller au respect de la vie privée en Europe et aux USA regardent d’un mauvais oeil cette évolution. Présentée (comme toujours) comme un moyen de simplifier les démarches sur le net, la modification de ces règles pose problème. Non seulement elles sont devenues très courtes, laissant autant de place à l’incertitude et au flou juridique, mais en plus de cela, elles permettent un suivi bien plus grand des faits et gestes des internautes. Microsoft a d’ailleurs tenté de profiter de ce bad buzz en réalisant une vidéo virale dénonçant la lecture systématique des mails par les bots de Gmail dans le but de cibler plus finement ses publicités. L’affaire est encore loin d’être arrivée à son terme, mais les inquiétudes sont là, et elles ne sont jamais de bonne augure pour une entreprise à la réputation cool et quasi d’intérêt public. Il semblerait donc que la grande majorité des utilisateurs un tant soit peu avertis commencent à sérieusement s’inquiéter de l’absence totale de maîtrise sur les informations collectées par Google et leur traitement à visées publicitaires.

Des professionnels du web suspicieux

En dehors du fait que la politique de Google complique chaque jour un peu plus l’acquisition de visibilité et de trafic par des moyens naturels, c’est toute une tendance qui inquiète les professionnels de l’internet. Google, avant d’être un service, est un outil de travail incontournable pour l’immense majorité d’entre nous. Des signaux tels que la mise en place d’un version payante de son service d’analyse Analytics, par exemple, ou de non partage des données relative au trafic connecté à un compte Google est un signal fort de tentative de monétisation des outils proposés gratuitement jusqu’à aujourd’hui par le moteur de recherche. Couplé aux nombreuses fermetures de services considérés comme trop peu rentables, ou encore à la mise en place d’un système payant pour l’intégration des cartes de Google maps pour les sites faisant beaucoup de trafic, on peut aisément sentir une volonté d’axer leur stratégie vers la rentabilité au détriment du service. Des alternatives existeraient, cela ne serait que peu problématique, mais la situation de quasi monopole propre au moteur ne permet pas ou peu ce type d’alternatives.

La concurrence gronde…

La décision de justice peut paraître étrange, mais Google vient de perdre un procès engagé par une entreprise française de cartographie pour concurrence déloyale, sous prétexte que Google distribuait gratuitement ce que cette dernière tente de vendre depuis des années. Sans s’attarder sur ce cas particulier, il est clair qu’un certain nombre de professionnels se sentent désarmés face à la puissance des services proposés par Google, et qu’il semblent prêt à tenter de regagner des marchés coûte que coûte. Cette exemple est important parce qu’il représente une des rares défaites judiciaires de Google sur le terrain de la concurrence. Cependant, l’exemple le plus parlant est clairement celui des comparateurs de prix. Google propose un comparateur de prix gratuit, et a décidé de mettre en place la fameuse mise à jour Panda de son algorithme. Qui suit l’actualité du web sait que cette mise à jour à eu pour principal effet de tronquer de façon très importante le trafic envoyé vers ces comparateurs. Le comparateur de Google étant indépendant de la recherche naturelle proprement dite, le seul service de ce type à ne pas avoir été touché par la mise à jour est évidemment le sien, entraînant de sérieux problèmes en termes de concurrence, et nous amenant encore à la situation de monopole de Google. De nombreuses plaintes sont d’ailleurs en cours de traitement sur ce sujet.

Autre sujet bouillant dans le secteur de la concurrence déloyale : la mise en avant systématique des « +1″ et de « Google + ». Il y a quelques semaines, Google a dit vouloir intégrer les données du web social à ses résultats. Seulement, par web social, Google n’entend encore une fois que son propre service « Google + », et exclut sans plus de procédure les géants du web 2.0 que sont Facebook et Twitter, par exemple. Problème de concurrence évident, on retombe aussi avec cette problématique sur l’abaissement d’objectivité des résultats de Google. Si l’on utilise Google, si ce dernier est leader, c’est parce qu’il a réussi à convaincre la totalité des utilisateurs du web de l’objectivité et de la neutralité de son algorithme. On ne va pas sur Google pour chercher du Google, on va sur Google pour chercher du web. En excluant des services certes concurrents, mais avant tout et largement plébiscités par les utilisateurs, Google se coupe de toute logique objective, et laisse entrevoir une volonté sans limite de domination totale du web. Inutile de dire que cette annonce à déclenché une vague de contestation forte chez les concurrents et chez les utilisateurs.

Pourquoi cette accumulation de mécontentements ?

Parce que Google change clairement de stratégie, le fait de façon assez brutale et avec peu de transparence. La question à se poser serait donc plutôt : Pourquoi une entreprise en constante croissance se met elle tant de monde à dos, alors que la situation de ses comptes est au beau fixe ? Il est évidemment difficile de répondre avec précision, mais des éléments semblent couler de source.

D’une part, les résultats boursiers de Google ont largement déçu les investisseurs, forçant la firme à montrer sa capacité à générer du cash en quantité, vite et bien. La seconde serait le fait que l’année 2011 aura été l’année de l’échec cuisant de Google +, service sur lequel Google semble avoir beaucoup miser. Google serait donc en train de tenter d’imposer son service social par tous les moyens, quitte à rompre avec la pertinence de ses résultats.

Enfin, on peu également imaginer le fait que si l’on part du constat qu’en matière de publicité, le ciblage est le nerf de la guerre, Google soit en train de chercher à utiliser toutes les ressources en sa possession pour aller toujours plus loin dans ce sens, quitte à flirter avec les limites éthiques et légales inhérentes au respect de l’intimité de chacun.

En d’autre termes, le monopole de Google est peut-être connu de tous depuis de nombreuses années, il semblerait que 2011 ait-été l’année d’une prise de conscience générale des risques liés à la politique de la firme dans ce sens.

Rien n’est évidemment définitif au moment de la rédaction de ce billet, mais une chose est sûre : jamais Google n’a accumulé en aussi peu de temps autant de bad buzz, autant de méfiance, et autant d’agacements à son encontre. C’est probablement pour cela que l’on parle tant de l’arrivée prochaine d’un nouveau moteur de recherche très prometteur nommé Volunia.

Les utilisateurs du web en seraient-ils à souhaiter l’arriver d’un vrai service concurrent ? Affaire à suivre…

1 commentaire sur “2011 aura-t-elle été une mauvaise année pour Google ?”

  1. Mathieu dit :

    Merci Robin pour cet article.
    Comme tu l’as précisé Google a des comptes à rendre au près de ses investisseurs c’est pourquoi ce service est de moins en moins friendly. Ca me fait penser aux problèmes de Facebook qui lui aussi subit la pression de son entrée en bourse et le site de FB est de moins en moins « cool » car il y a de plus en plus de publicités et autres gadgets qui sont présents pour générer du CA.
    Pour revenir à Google ce dernier à une carte à jouer avec google + qui reste ludique et à la porter de tous car FB subit un mécontentement général sauf sur la génération d’ados.
    La guerre du réseau social le plus convoité va être disputée tout au long de cette année 2012 !
    Merci encore pour cet article très intéressant

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